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Chroniques de l'Entourage invisible (8)

  • il y a 12 heures
  • 2 min de lecture

 Aidant naturel : le fardeau injuste du doute

Je me revendique aidant naturel de ma compagne. Pas par choix. Pas par obligation. Parce que c'était elle, parce que c'était nous, parce que la vie a mis l'épreuve de la maladie sur notre chemin.

Dans les structures qui ont pris en charge mon épouse, on ne m'a jamais appelé aidant. On ne m'a jamais proposé d'écoute, de soutien, d'espace dans la démarche de soin. On m'a laissé là, avec mes questions.

Et pour seule réponse : « Vous n'avez rien à vous reprocher. »

Pourtant. Dans les bruyants silences de cet effroyable parcours, j'ai été mon principal suspect.

Ce n'est pas une posture. C'est un mécanisme. Connu, rarement interrogé.

Face à la complexité des parcours en addictologie et en psychiatrie, l'entourage est cette présence trop complexe à accueillir. Tenu à l'écart. Tiers extérieur, ni dedans, ni vraiment dehors. Tantôt convoqué "vous êtes en danger, protégez vos enfants", tantôt écarté "il nous faudra son consentement". Rarement évalué. Jamais vraiment écouté.

Ce double mouvement produit quelque chose.

On m'a parlé de codépendance. De frein au changement. Sans le nommer vraiment, on m'a signifié que j'étais une composante du problème. Ce soupçon, décrit dans ma première chronique, ne porte pas seulement sur la personne malade. Il se dépose aussi sur ceux qui l'entourent. Et dans les parcours d'addiction, les tabous et la stigmatisation de l'alcoolisme lui donnent une apparence d'évidence.

À force d'être tenu à l'écart sans explication, le proche finit par douter. De lui. De sa légitimité. De la réalité de ce qu'il perçoit.

Et si j'étais vraiment le problème ?

Cette question, je l'ai portée. Elle n'était pas la mienne au départ. Elle m'a été transmise en silence, par la distance, par ces petites phrases qui installent sans jamais vraiment dire.

Ce n'est pas une faiblesse individuelle. C'est un effet de système. Le comportement systémique du soin formate aussi la façon dont le proche se pense lui-même.

J'étais son compagnon. Nos liens, notre histoire, notre projet de vie, nos enfants, un savoir amoureux et intime, ancré dans la durée, dans l'ordinaire, dans la maladie que le système n'avait ni les outils ni la volonté d'aller chercher. Ce savoir dérangeait. Ou plus précisément : il n'entrait dans aucune case.

Ce qu'on appelle précaution produit parfois ce qu'elle redoute. À force d'écarter le proche, on en fait ce qu'on craignait : un interlocuteur difficile. Non par nature. Mais par effet du silence.

Je me revendique aidant naturel. Pas parce que c'est un titre. Parce que c'est la réalité de ce que j'ai été et de ce que le système n'a pas su, ou voulu, reconnaître.

La question reste entière. Pourquoi l'alliance thérapeutique, recommandée comme fil rouge des bonnes pratiques, reste-t-elle si souvent une éventualité ? Pourquoi le proche, potentielle ressource, est-il suspect et écarté de prime abord ?

Ce n'est pas une question de bonne volonté individuelle. C'est une question d'organisation, de formation, de culture du soin.

Et tant qu'elle restera sans réponse, des proches continueront à rester sur le seuil, présents, engagés, et désignés.

 
 
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