Chroniques de l’Entourage invisible (7)
- il y a 3 minutes
- 2 min de lecture

Soins sans consentement : à qui la responsabilité ?
« Votre femme tient des propos suicidaires, elle est en danger. »
Dans ces moments-là, tout s’accélère. Le risque est réel. L’urgence est là. La décision doit être prise.
Mais très vite, une autre phrase arrive : « Vous devez l’hospitaliser. »
Une pratique : « Au plus simple, obtenir la demande d’un proche, en priorité le conjoint. »
Et là, quelque chose bascule.
Car il existe une autre possibilité : « Nous allons l’hospitaliser sans son consentement, car il y a péril imminent. »
Une décision médicale. Une responsabilité assumée.
Mais dans les faits, trop souvent, le choix est déplacé. Non pas vers le soin, mais vers le proche présent.
J’ai signé.
Et ma femme est entrée en psychiatrie par ce que l’on sait être la plus mauvaise porte. Les conséquences sur la relation de soin, sur les hospitalisations qui ont suivi, sont pourtant largement documentées.
Mais à cet instant-là, ce n’est pas cela qui se joue.
Ce qui se joue, c’est le rôle assigné.
Le proche présent devient tiers demandeur.
Il n’est plus seulement accompagnant, ni soutien, ni repère et encore moins aidant. Il devient celui qui décide, celui qui déclenche, celui qui fait entrer, celui qui prive de liberté.
Sans véritable choix. Sans cadre explicité. Sans considération pour le lien.
Tiers demandeur, avec pour seul accompagnement les courriers du tribunal.
Et avec des conséquences durables.
« Pourquoi tu m’as fait ça ? »
Cette question ne s’adresse pas au soin. Elle s’adresse au proche. Comme si la responsabilité lui appartenait.
Dans Pourquoi (https://www.fh3g.net/single-post/pourquoi), cette question marque une rupture : Ce qui relève du soin a été déplacé dans la relation.
Car dans ces situations, le “pourquoi” du patient devient le “pourquoi” du proche. Et ce glissement n’est pas neutre.
Alors même que le soin sans consentement relève d’une décision médicale, encadrée, argumentée, justifiée.
Il ne s’agit pas de nier la nécessité d’agir. Il s’agit de ne pas faire porter au proche ce qui relève du soin.
Car assigner le proche à ce rôle, c’est mettre en péril la relation d’aide naturelle. C’est introduire, au cœur du lien, une fracture qui ne relève pas de lui.
Dans les situations de péril imminent, la question n’est pas seulement : faut-il hospitaliser ? C’est aussi une question qui relève de l’éthique : Qui porte la décision ?







