Proche aidant ou tiers extérieur ?
- il y a 1 jour
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La place encore fragile de l’entourage en psychiatrie
« Vous devez la convaincre de se présenter aux urgences. »
En détresse, face à un danger devenu omniprésent, lorsque j’ai entendu cette phrase, j’ai cru que notre situation était exceptionnelle. Puis j’ai rencontré d’autres proches. Et j’ai compris que cette expérience était largement partagée. En psychiatrie et en addictologie, l’entourage est souvent présenté comme une ressource essentielle. Pourtant, nombreux sont ceux qui font l’expérience d’une reconnaissance fragile, conditionnelle, parfois défaillante lorsque le risque s’aggrave.
Aujourd’hui, on reconnaît de plus en plus le rôle des proches en psychiatrie et en addictologie. L’entourage est souvent présenté comme une ressource essentielle : Soutien du quotidien, présence rassurante, relais en cas de difficulté.
Mais lorsque les parcours deviennent instables, rechutes, hospitalisations répétées, situations de danger, alors cette reconnaissance se fragilise.
Dans ces moments-là, l’entourage peut changer brutalement de statut. Proche aidant lorsque le parcours tient encore. Tiers extérieur lorsque les risques et les dommages s’aggravent.
Il peut même être contraint d’endosser le rôle de tiers demandeur d’une hospitalisation sans consentement, assumant une décision lourde, engageante, souvent douloureuse, sans toujours bénéficier d’un espace explicatif ou d’un accompagnement à la hauteur de cette responsabilité.
Sollicité pour soutenir et contenir, mais tenu à distance dès qu’il s’agit de comprendre, d’anticiper ou de sécuriser.
Ce paradoxe est vécu par de nombreux proches.
Au fil du temps, l’entourage développe pourtant une connaissance fine de la situation. Il apprend à reconnaître les signes d’alerte, à anticiper les crises, à mesurer le danger. Ce savoir vient de l’expérience vécue, du quotidien partagé. Mais lorsqu’il est exprimé, il est souvent peu entendu, parfois renvoyé à l’émotion ou à la responsabilité individuelle.
La réponse peut alors se résumer à une injonction : « convaincre », « gérer », « accompagner ». Ou, à l’inverse, à une demande de signature, plaçant le proche dans une position de responsable administratif du recours à la contrainte, sans réelle médiation ni soutien.
Il existe ici une dimension encore trop peu nommée : la maltraitance des liens.
À force de silences, de non-dits et de changements implicites de statut, la relation d’aide elle-même se détériore. La confiance s’érode. La parole se retient. Le lien, pourtant essentiel au parcours, se fragilise.
Car le silence ne protège pas.
Il laisse l’entourage au bénéfice du doute. Douter de la gravité réelle, douter de sa capacité à aider, douter du bon moment pour alerter, douter de sa propre perception. Or, dans des parcours à risque, le doute n’est pas neutre : il isole, retarde l’alerte et fragilise encore davantage la relation d’aide.
Pourtant, le droit rappelle qu’en cas de situation grave, les proches doivent recevoir les informations nécessaires pour soutenir la personne malade et assurer la sécurité du quotidien. Il ne s’agit pas de remettre en cause le secret médical, mais de reconnaître que la sécurité concerne aussi ceux qui vivent aux côtés de la personne malade.
Quand cette reconnaissance fait défaut, l’entourage s’épuise. Il absorbe les crises, les silences et les ruptures de parcours. Sa propre santé mentale peut en être durablement affectée.
Il ne s’agit pas d’opposer les proches aux soignants. Il s’agit de cohérence et de respect.
Si l’entourage est une ressource du soin, alors il doit être reconnu, écouté et accompagné, y compris et surtout lorsqu’il est placé en situation de déclencher une mesure de contrainte. Préserver les liens, c’est aussi protéger les parcours.
Si vous êtes proche ou aidant et que vous vous reconnaissez dans ces situations, votre parole compte. La faire entendre, c’est contribuer à rendre les parcours plus sûrs, plus humains et plus respectueux des liens.
Pair aidant, usager engagé et militant, je suis mandaté à plus d’un titre comme représentant des usagers dans les instances de la démocratie en santé. J’y œuvre pour la reconnaissance et le respect de nos droits, et pour faire évoluer des parcours de santé encore trop fragmentés.
Mais je suis aussi, et d’abord, un conjoint endeuillé. Dans l’après de cet effroyable parcours, je choisis de témoigner pour faire entendre le rôle essentiel de l’entourage, et rappeler que la continuité et la sécurité des parcours de santé et de vie ne peuvent se construire sans ceux qui vivent au plus près de la maladie.



















